Bakou 2012
le guide
 
La ville de l’or noir

Cette page est extraite du livre «Atlas géopolitque du Caucase» de Jean Radvanyi et Nicolas Beroutchachvili paru dans la collection Atlas / Monde.

Bakou

Etalée au fond d’une baie largement ouverte au sud de la péninsule de l’Apchéron, citée dès le VIème siècle de notre ère, la ville de Bakou fut  longtemps un modeste centre portuaire et administratif de l’empire safavide.




Sa fortune est entièrement liée au développement de l’industrie pétrolière, à partir des années 1870.


L’or noir va transformer complètement la ville en plusieurs phases, pour en faire, en ce début de XXIème siècle, l’agglomération la plus peuplée du Caucase, capitale dynamique d’un Etat qui cherche à compenser son enclavement sur la mer caspienne par une politique internationale active.

 

A Bakou, il est :

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Développement urbain et pressions spéculatives

A partir de la fin des années 1980, l’agglomération bakinoise connaît des transformations spectaculaires. La montée des tensions (pogroms anti-arméniens de Soumgaït, ville industrielle soviétique au nord de l’Apchéron, en février 1988 et intervention sanglante russe en janvier 1990) puis le conflit du Karabakh entraînent l’expulsion massive des Arméniens, suivie par le départ de nombreux Russes, alors que des réfugiés arrivent en masse des districts azéris occupés par les Arméniens.

Le caractère multi-ethnique de la cité s’affaiblit même si l’arrivée de nombreux Occidentaux accompagne la nouvelle ruée sur l’or noir, marquée par l’installation de dizaines de firmes étrangères. Cet afflux soudain de capitaux entraîne une spéculation foncière effrénée. Compagnies étrangères et riches Azéris investissent la vieille ville sans égard pour les tradition architecturales.

Des blocs entiers de la ville basse du XIXème siècle sont détruits au profit d’immeubles spéculatifs de grande taille, au mépris de toute logique historique et écologique, perturbant la circulation de l’air et des nappes phréatiques dans le centre-ville.

Les transformations touchent aussi la banlieue où les nouveaux quartiers d’immeubles collectifs et de pavillons se multiplient , en dépit d’une situation écologique délicate du fait de l’interpénétration des anciens gisements et des habitations.

La ville croît surtout à l’ouest et au nord-est, au point de ne faire plus qu’une grande conurbation avec les anciens villages de datchas (résidences secondaires) de la péninsule d’Apchéron.

Alors que la production sur pétrolière sur terre diminue, les activités se diversifient, faisant de Bakou un centre important de constructions de plateformes pétrolières et de tankers, mais aussi un pôle de transit vers l’Asie centrale.

Les services liés au pétrole mais aussi à l’hôtellerie, le tourisme deviennent des secteurs moteurs de la nouvelle capitale de l’Azerbaïdjan.

Bakou, installée sur la presqu’île de l’Apchéron, fascine toujours les voyageurs par l’imbrication des derricks qui marquent l’exploitation pétrolière, installés jusqu’aux marges de la ville historique. La présence de l’or noir était connue depuis des siècles, volcans de boue et surgissements naturels de naphte étant même à l’origine de la fondation de temples zoroastriens sur la presqu’île dès le VIIème siècle avec J-C.

C’est en 1872 que l’exploitation industrielle commence ; capitaux russes, arméniens et occidentaux (Nobel, Rothschild) affluent massivement. Surgit alors, au pied de la vieille ville fortifiée riche de palais d’inspiration persane, une ville européenne multi-ethnique avec de superbes immeubles Art nouveau.

La population croît rapidement, passant de 13.000 habitants en 1850 à 215.000 en 1913. Le premier conflit mondial puis la première indépendance (1918-1920) bouleversent la ville, provoquant de sanglants affrontements entre azéris et arméniens, très nombreux dans le secteur pétrolier.

Capitale éphémère d’un Etat indépendant puis d’une république soviétique, la ville se dote de nouvelles infrastructures administratives.

Dans les années 1930, la production reprend de plus belle : Bakou est longtemps le seul gisement soviétique et l’exploitation offshore débute en 1936 suscitant une véritable cité du pétrole sur pilotis à l’est de la baie («Les pierres naphtes», 1949). Les cités de HLM entourent la «ville noire», quartier industriel où se sont développées les industries lourdes (pétrochimie, construction d’infrastructures pétrolières).

La ville atteint 967.000 habitants en 1959. Pourtant, dès les années 1970, les dirigeants azéris se plaignent du ralentissement des investissements, qui vont désormais prioritairement en Sibérie.

Il faudra attendre le retour de l’indépendance (1991) et l’ouverture aux capitaux occidentaux pour assister au troisième boom pétrolier, à partir de 1993, et une nouvelle phase de croissance de la ville qui passe à 1,7 million d’habitants en 1989 à 2,1 millions aujourd’hui et presque 3 millions dans l’agglomération.